
Le peintre André Vidal est né à Nîmes vers 1880 dans une famille protestante. Sa mère peignait et un de ses oncles obtint un prix de Rome. Après des études artistiques, il s’oriente vers un professorat de dessin. Il est gravement blessé au visage lors de la guerre 14-18.
En 1919 il est nommé professeur au lycée Montaigne de Bordeaux. Il sympathise avec un autre professeur, M. Joseph Labescat, futur maire de Seignosse, ainsi qu’avec M. Costedoat de Sault de Navailles, avocat, adjoint au maire de Bordeaux, chargé de la culture. Parallèlement, Vidal professe à l’école des Beaux arts et expose dans de nombreuses galeries de la ville. A Bordeaux il fréquente Roganeau, peintre du plafond du Grand théâtre (et de 2 tableaux dans l’église de Lit-et-Mixte), ainsi que la famille Mauriac. Il habite dans le quartier Saint Genès, rue Dubourdieu, près du domicile de M. Labescat.
En convalescence à Seignosse, invité par M. Labescat dans sa belle demeure marensine, il revient régulièrement jusqu’en 1940 dans cette maison de famille. Il expose en 1924 au Salon d’automne sa grande toile : le chantier, représentant des forestiers dans le pignadar en train de débarder des billons de pin. Les ancêtres reconnaîtront, de gauche à droite : Lucien Comte, Cyrille Sorraing, Gaston Dulaurent (par ailleurs garde champêtre), Fernand Labèguerie. Devant le succès de cette toile, il en exécutera de nombreuses reproductions que les acheteurs s’arrachent. Maurice Martin dédie à l’œuvre ce quatrain :
Adieu calme des bois et vous altières dunes
Qui prêtez un peu d’ombre aux paisibles lagunes !
Demain le pignadar sans pitié dégarni
Aura le morne aspect d’un long rêve fini.
David Chabas reproduit « le chantier » en 1927 dans le livre qu’il publie « Nos Landes ».
Entre-temps, M. Labescat est devenu maire de Seignosse. Il propose à Vidal la Décoration de la salle du Conseil, à partir du tableau de 1924 jusqu’à la liste des morts de 1934. Les frises de bordure, inachevées, seront terminées lors de la restauration de 1993. Outre la pièce maîtresse « le chantier », on peut admirer : l’écorceur de liège (Cyrille Sorraing), le résinier (Henri Ferrand), les pêcheurs d’anguilles au verveux sur le Lac Blanc (Fernand Labèguerie, Charles Clet), les enfants au bord du lac (Emmanuel Labèguerie, Paulette Labescat, fille du maire, future Mme Hiriart).
Un pan de mur reproduit une scène du village avec les joueurs de pelote (Basile Cassiet à gauche, Dosba à droite), un groupe de cinq hommes (Léon Desclaux, Barthélémy Labeyrie, Felix Clet, Felix Lartigau et un surnommé « Claou »),
Au fond et au milieu trois personnages (Graciet, Sylvia, Loulou) et les cinq personnages du fronton (Joseph Labescat, maire, Baptiste Sourails, Lagardère, instituteur et secrétaire de mairie, Bats, Roger Darrigade « di Paco »).Deux vues des dunes, le Tuc dous brocs et la plage du Penon , une allégorie très classique aux morts de 14-18 complètent l’ensemble.
Vidal sculptait également et, chaque fois qu’il venait à Seignosse, il réalisait des petits sujets en mie de pain qu’il peignait à l’intention de la jeune Paulette Labescat (devenue Mme Hiriart, décédée il y a peu). Grand, ayant la jovialité du méridional, il disait en plaisantant qu’il préférait la garrigue à nos « plats d’épinards » (les forêts landaises). Vers 1930, il remporta sur Sourgen la décoration de la mairie de Bias pour laquelle il réalisa dans une remarquable palette de bleus nuancés 4 tableaux dans la salle du Conseil (les pins gemmés à mort, les canards sauvages, le ruisseau dans les fougères, l’écureuil) et 5 dans la salle des commissions ( la ferme, au bord du lac, le muletier et un grand triptyque de 5 m de long dans lequel la pièce principale est le chargement des billons, encadrée par les résiniers et l’amasse ou la récolte de résine.
Il prit sa retraite d’enseignant en 1939. Les années sombres allaient résonner tragiquement pour André Vidal. C’est d’abord le 19 juin 1940 une bombe perdue qui détruit sa maison bordelaise. Replié à Nîmes, quelques mois après, alors qu’il peignait dans la garrigue, il est mitraillé et tué par un avion italien. Son épouse, une Toulonnaise qui fut un de ses modèles, finit sa vie sans enfants à Nîmes au 40 rue Porte de France.
Dans le Bénézit qui recense tous les peintres figure un homonyme d’André Vidal. Les œuvres de « notre » André Vidal méritent d’être connues et conservées.
Avec l’aimable collaboration de Jean Marie Duten - Pour la Société de Borda - Seignosse 20 mai 2006
(Seignosse Mag. n°11 - Eté 2006)